Les brouillons qu'on ne publie jamais
Une vidéo tournée et jamais mise en ligne, une légende réécrite trois fois : le dossier des brouillons est le seul endroit où une idée peut exister sans être jugée. Reste à savoir ce qu'on y range vraiment.
Tout le monde a le même dossier quelque part : une vidéo tournée et jamais mise en ligne, une légende réécrite trois fois, une photo recadrée puis laissée là. Le brouillon est le seul endroit où quelque chose peut exister sans être jugé. On l'ouvre, on ajoute une ligne, on referme, et rien ne se passe - c'est justement ce qui le rend confortable.
Ce qu'on n'ose pas et ce dont on n'a plus envie
Deux raisons très différentes se retrouvent dans le même dossier. Parfois on retient une publication parce qu'on imagine déjà les réactions, le message pris de travers, le silence gênant. Parfois on l'a simplement laissée tomber : l'envie est passée, le sujet ne dit plus rien. Confondre les deux est ce qui rend les brouillons lourds, parce qu'on relit comme de la peur ce qui n'était qu'un changement d'avis.
Un brouillon n'est pas une dette
Une pile qui grossit finit par ressembler à une liste de choses non faites, et donc à une petite culpabilité de fond. Sauf que rien n'a été promis à personne. Publier est une décision à part entière, pas la conclusion naturelle de tout ce qu'on commence. Une idée abandonnée en route a très bien pu servir : elle a occupé un après-midi, elle a fait essayer un cadrage, elle a fait passer une humeur. Cela suffit largement.
Relire, plutôt que tout vider
Le geste utile n'est ni de tout supprimer d'un coup d'agacement, ni de se forcer à publier pour solder le dossier. C'est de le relire tranquillement, de temps en temps, en regardant ce qui revient : les mêmes sujets, le même angle, la même façon de commencer. Ce qui insiste dans les brouillons dit souvent mieux ce qu'on a envie de raconter que ce qui a déjà été mis en ligne. Le reste peut partir sans cérémonie, et le dossier redevient un atelier au lieu d'un tribunal.
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