La voix off qui lit à notre place
Même intonation, même rythme un peu plat : une seule voix raconte des milliers de vidéos sans appartenir à personne. Elle enlève la partie la plus difficile, et un peu plus que ça.
Une bonne partie des vidéos courtes est racontée par une voix qui n'appartient à personne. Elle lit un texte tapé par la personne qui filme, avec la même intonation neutre, le même rythme légèrement plat, la même façon de tomber sur la fin des phrases. C'est devenu si ordinaire qu'on ne l'entend presque plus : la voix est passée du statut de bidouille à celui de format.
Pourquoi elle rassure autant
Pour celui ou celle qui publie, elle règle d'un coup la partie la plus intimidante : s'entendre. Pas d'accent à assumer, pas d'hésitation à couper, pas besoin d'une pièce silencieuse ni de quinze prises pour une seule phrase. Pour qui regarde, elle standardise : on sait où va la phrase, le texte s'affiche en même temps, la vidéo reste compréhensible sans le son. Des deux côtés, elle abaisse le coût d'entrée, et c'est très exactement pour ça qu'elle s'est répandue.
Ce qu'elle emporte au passage
Ce qui disparaît est précisément ce qui rendait une voix reconnaissable : les pauses mal placées, le rire qui déborde, le mot prononcé de travers, la respiration avant la phrase importante. Une narration qui ne trébuche jamais ne surprend jamais non plus. Mises bout à bout, les vidéos finissent par se ressembler, et l'attention glisse de l'une à l'autre sans rien retenir.
S'en servir sans s'y cacher
Le compromis intéressant n'est pas de choisir un camp une fois pour toutes. La voix de synthèse fait très bien ce qu'elle fait : énumérer, expliquer une manipulation, donner une information courte. Sa propre voix reste imbattable dès qu'il s'agit de raconter quelque chose qui nous est arrivé. Un test simple aide à trancher : la vidéo perdrait-elle quelque chose si cette voix était remplacée par une autre ? Si la réponse est non, c'est peut-être le texte qui fait déjà tout le travail, et la voix n'a plus qu'à le lire.
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